Cet hiver je retourne au pays de la Terranga, non pas pour le découvrir dans le cadre d’un camps jeunes (j’avais 20 ans lors de ma première venue) mais pour y organiser un événement, le Dakarecofest, et dispenser une formation « Trouver sa voie » lors du Colloque de la Jeunesse organisée par l’Unité des Jeunes Entrepreneurs d’Afrique (UJEAF). Voici mon retour d’expérience, un peu spécial, car ce voyage était professionnel (donc peu de temps pour du tourisme) mais nous avons dû embarquer nos enfants. Entre boulot, rencontres et besoins de chacun, concilier le tout ne fut pas évident.
LORSQUE LA PASSION T’ANIME…

…tu te retrouves souvent dans des plans ubuesques. Lorsque Aminata (Sidibe, fondatrice de l’association Ecologie Universelle) me contacte sur Linkedin pour mieux connaître notre agence de communication éthique, je vois des synergies possibles mais je suis sur la finalisation de certains travaux. Nous nous rencontrerons 25 mn autour d’un café lors de mon passage à Paris pour la masterclass SheMeansBusiness en Juin à laquelle je suis conviée en tant qu’Ambassadrice Auvergne Rhône Alpes. En général, c’est lors de ces moments informels mais courts que la magie s’opère ! Aminata me parle de ses projets : l’oasis familiale (très proche du Caravansérail Café que l’on avait lancé avec Education en Héritage) qu’elle monte au coeur de la prochaine gare de Villiers sur Marne, mais aussi de son Festival éthique et écologique : le Dakarecofest. Cet événement vise à mettre en lumière et rassembler les initiatives environnementales à l’oeuvre au Sénégal. Il va sans dire que je soutiens et rejoins !😊

6 mois plus tard « nous sommes ensemble » comme les Sénégalais se plaisent à le rappeler. Mbolo !

6 mois pour un événement à + de 4000 km de Lyon

Jongler, c’est mon quotidien. A 1 mois du festival je me demande une fois de plus « Pourquoi me suis-je lancée dans un tel défi ? » J’ai de nouveaux engagements professionnels, une masterclass à organiser pour 100 femmes (qui sera un succès mais aura nécessité beaucoup de travail), et ce nouveau projet passionnant mais exigeant. Mes journées et mes nuits sont ponctuées par l’animation d’une campagne de crowdfunding, la recherche de sponsors, la programmation, le contact de futurs partenaires, sans oublier des grignotages qui me font gonfler, une reprise du sport reportée et les devoirs non suivis des enfants. Bref, l’équilibre pro/perso ne peut être constant, encore moins lorsque l’on travaille dans l’événementiel. Du stress et un constat récurrent : c’est dur, cela demande de l’énergie, mais je suis engagée, donc j’avance.

A quelques jours de l’événement, vive l’agilité

A j-15, nous devons faire des choix cornéliens : le budget n’est pas bouclé. Niveau perso, aucun mode de garde à l’horizon. Je suis organisatrice, donc une absence n’est pas envisageable ! On prend les billets. No choice, les enfants viennent avec nous. On prévient les directions d’école et je boucle les valises la veille du départ. C’est là que le moto « J’ai peur et j’avance » prend tout son poids. Je sais qu’à la clé, il y aura de l’expérience, des rencontres, de la vie, même si ma décision peut paraître irraisonnable. Entreprendre, c’est aussi prendre des risques. Et le résultat en vaudra la peine (découvre ici les photos)

 

 

un festival : espace de rencontres et d’engagement

Lors du Dakarecofest, nous avons accueilli de belles entreprises/organisations comme Api Afrique, Natal, Nyara, la Maison de l’Artémisia. Nous avons permis la venue de personnes engagées ; Haidar el Ali, Peter Hammerstedt, Lamya Essemlali  (Sea Shepherd) ou encore la magnifique Anta Sow, fondatrice de l’Empire des enfants (talibés), Aly Tandian, chercheur et sociologue spécialiste des crises migratoires, Flore Marquis de la Leche League, etc. La chaleur à la place du Souvenir était écrasante mais la clôture à la nuit tombée sous le rythme des voix de Nathalie et Bilal fut un moment subtile, vécu en petit comité. Nous avons réussi avec les aléas du terrain. Nous avons semé… 110 arbres avec l’aide de partenaires locaux et contributeurs. 

 

 

 

s’autoriser l’aventure

Avec des parents qui travaillent « tout le temps », sur ces deux jours, durant ces derniers mois et sur place avant l’événement, les enfants ont composé. Ils ont composé avec notre stress, les difficultés, les temps « morts ». Ils ont développé leurs capacités d’adaptation. Etre des (parents) entrepreneurs nomades engage (pas de salaire, des investissements imprévus pour combler les manquements de certains). Mais la liberté, l’expérience et les rencontres qui se présentent en chemin n’ont pas de prix. C’est cette même agilité qui m’a permis de dispenser une formation « Trouver sa voie » lors du Colloque de la Jeunesse : je repars une nouvelle fois confortée dans l’idée que la jeunesse africaine regorge de potentiel, mais que déconstruire des croyances est une étape préalable à son jaillissement.

DU TOURISME ? NON PAS VRAIMENT ! 

J’avais imaginé faire un tour dans le désert du Lompoul, la réserve de Bandia, le parc de Doudj, des lieux vantés par les blogs et livres de voyages. Le programme faisait rêver mais notre budget en avait pris un coup. Et puis cette fin d’année sonnait l’arrivée des vacanciers venus passés l’hiver au soleil. Aucune envie de me retrouver avec une horde de touristes ! Notre séjour se résumera à des visites ponctuelles, un tour rapide de St Louis, ville toujours aussi charmante mais si menacée par l’érosion côtière, aucun achat si ce n’est que quelques bracelets lors de notre passage sur l’emblématique Gorée.

Insertion photo gorée

Nous ne sommes pas partis en vacances mais le dépaysement était garanti : rythme, état d’esprit, chaleur, couleurs. J’ai pu lors d’une soirée dakaroise, vivre un moment de poésie en musique : c’est ainsi que Stéphanie directrice de l’école américaine nous a ouvert les portes de sa demeure et de son réseau d’amis qui célèbre chaque année le 24 décembre dans le jardin familial. Nous avons par notre présence d’un mois soutenu un projet d’éco tourisme auquel on croit : Maam Samba. De fil en aiguille, au retour de St Louis, nous sommes remontés à sa source, là où ce projet est né et avons passé deux jours magiques à Mbake Kadior.

Dès notre arrivée, la voie lactée nous enveloppe dans un océan de silence et de plénitude. Je savais que ce lieu me plairait…on aperçoit les cases, on imagine ce jardin. Une allée de lampe colorée bordent les toits de l’école. Du pain sec et du chocopain au petit déjeuner, l’éveil de la nature à l’aube, les échanges avec l’enseignant du village, la confection du Tieb ou dien en cuisine, les douches des enfants à la lampe de poche à la nuit tombée, la réparation du tuyau avec Maam Samba, la recherche de Thierno avant le départ, la visite de la coopérative locale (confection de paniers et vêtements, teintures) et de l’écodome, avec ses bassins en forme de cœur pour abreuver les nombreux oiseaux, c’est un petit paradis, crée par une communauté où le travail de la terre est central.

Sur le retour, nous nous arrêtons à Ndem. Fallou l’un des fils des fondateurs du lieu, a pris la relève. A notre arrivée, nous arpentons les allées ombragées du « jardin faune et flore » :  autruches, paons, canards, tortues, poussins et poules, cohabitent dans ce lieu. Les aubergines, navets, carottes, salades, moringa vendus directement à la communauté locale se portent à merveille. Les plants permettront de faire de ce lieu autrefois désertique une oasis de verdure. A l’heure de notre arrivée, les femmes de la coopérative sont en pause mais Fallou nous fait découvrir, non sans fierté, les machines allemandes flambant neuves qui permettront très prochainement de produire de l’huile de baobab et de moringa. Fallou est passionné et inaugure ce jour là l’ouverture de son restaurant local. Toute la communauté est rassemblée sous les arbres pour déguster un bon tiebou dien

l’appel des oiseaux

Nous décidons de passer ce début d’année au Siné Saloum, connu pour son écosystème riche. 3 h de route nous sépare de La source aux Lamantins, chaleureusement recommandée par nos amis de Enjoy Agriculture. En chemin, nous nous arrêtons un moment devant l’arbre sacré de Nianning. Face à lui, on se sent minuscule ; on oublie les quelques boutiques d’artisanat alentour, le goudron qui se déploie non loin et les hommes qui s’affairent dans des échanges parfois virulents à ces pieds. Il est là, majestueux, imposants, immense, avec ces 32m de diamètre et ses 850 ans d’âge.

Le lieu que nous avons réservé a les pieds dans l’eau ; les nombreux oiseaux chantent les louanges de leur Créateur : aigrettes des récifs, hérons, cormorans, martin pêcheur…Non loin, s’étend un banc de sable où se prélassent quelques spatules. Le lendemain nous décidons de nous rendre à l’île des oiseaux en compagnie de Djiby, revenu sur ses terres natales après plusieurs années en France et reconverti en éco garde. Dynamique et engagé, il se passionne pour l’ornithologie. On improvisera un pique-nique sur la plage agrémenté d’un repas succulent (crevettes, riz et brochettes de lottes) après la visite de l’île aux oiseaux et d’une balade en calèche sur l’ile catholique de ….Marie Noelle nous partage le quotidien des habitants, de la place du marché, en passant par l’arbre sacré et l’église, figure unique du Christianisme parmi les 149 autres îles du saloum musulmanes.

Ah oui last but not the lease : la source aux Lamantins dispose d’un excellent cuisinier, d’une petite piscine, d’un trampoling et d’une salle de jeux pour les enfants.

visages

Que retenons nous de ce périple ? Nous gardons en mémoire des moments, des lieux mais aussi et surtout des visages

Elhadj, notre hôte mystique et toujours souriant, qui chantonne du dhikr depuis la cuisine

Aisha, charismatique pionnière de l’éco-village de Ndem et son mari Serigne Babacar Sow

Anta, initiatrice de l’Empire des enfants et son combat sans relâche pour le bien-être de 40 enfants des rues, ses mots de soutien la veille de notre événement

Asmaa, c’est la joie, l’enthousiasme et l’entrain par excellente, l’amour d’une culture. Italo-marocaine tombée amoureuse du Sénégal, elle crée des expériences éco-touristiques pour valoriser les traditions des zones rurales

Tcherno, notre chauffeur Begue Begue, nice pour résumer sa personnalité patiente et nonchalante. Cool attitude toujours appréciée en vacances

Ibrahim, pour sa relation avec les enfants